Chronologie “celtique”

Qui sont les Celtes?

  • Du point de vue génétique, les “Celtes” seraient les descendants de populations indo-européennes arrivées jusqu’en Irlande et en Grande-Bretagne il y a environ 4000 ans.
  • Du point de vue étymologique, les “Celtes” étaient les habitants de la région de Marseilles, à l’époque où les Phocéens établirent ce comptoir, il y a environ 2600 ans.
  • Du point de vue archéologique, les “Celtes” seraient les descendants des populations de la civilisation de La Tène, arrivée en Grande-Bretagne il y a 2500 ans.
  • Jules César distinguait la Gaule “celtique”, comprise entre la Seine, le Rhin et la Garonne, des Gaules “armorique” (Bretagne te Normandie), “belgique” (au nord de la Seine), “aquitaine” (au sud de la Garonne), et “transalpine” (du Roussillon aux Alpes suisses).

Celtsune exposition qui se tient au National Museum of Scotland, à Édimbourg, depuis le 10 mars 2016, tente de présenter l’histoire complexe des différents groupes humains qui se sont appelés “Celtes” ou que d’autres ont appelés “Celtes”.

Elle montre en particulier qu’il n’existe pas de réponse simple à la question “qui sont les Celtes?”.

Les perspectives qu’ouvre cette exposition m’ont donné l’idée d’un tableau chronologique très simple, où chaque ligne représente une décennie. J’ai commencé à le remplir et j’essaierai de continuer cette tâche au fur et à mesure de mes découvertes.

Faites défiler l’écran vers le bas pour remonter le cours de l’histoire des “Celtes“, sur 5000 ans.

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Décennie
2010
2000 13 juin 2005: l’irlandais, devient la première langue “celtique” des langues officielles de l’Union européenne – la seule à ce jour.
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1920 L’article 4 de la Constitution du Saorstát Éireann (État libre d’Irlande, nom de l’État irlandais créé par le Traité anglo-irlandais avant la constitution de l’Éire en 1937) fait du gaélique irlandais la première langue “celtique” à devenir la langue officielle d’un État souverain.
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1800 1801: première traduction publiée de la Bible en gâlic : Am Bìoball Gàidhlig. Jusque là, les Gaels d’Écosse utilisaient la version irlandaise.
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1700 Intensification des fuadaich nan Gàidheal : expulsion massive de la population des Highlands, qui a eu pour conséquence de détruire la culture et la langue de Gaels d’Écosse.
1690
1680 Première traduction complète de la Bible en gaélique irlandais, afin de consolider la Réforme anglicane introduite en Irlande par l’administration anglaise: d’abord le Nouveau Testament (Tiomna Nuadh), en 1602, puis l’Ancien Testament en 1680.
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1600 L’ Edict of the Lord President and Council of Munster, daté du 20 janvier 1603, fait suite à la bataille de Kinsale et décrète que le maréchal de la province est chargé « d’exécuter, par les pouvoirs que lui confère la loi martiale, dans l’ensemble de la province du Munster, tous les hommes inutiles, mendiants violents, vagabonds, harpistes, poètes, bardes » (l’édit se trouve aujourd’hui dans les manuscrits d’Harley à la British Library). La croyance veut que la reine Élisabeth Ire d’Angleterre ait aussi donné l’ordre « de pendre les harpistes, où qu’ils se trouvent, et de détruire leurs instruments » mais on n’en possède aucune preuve. En revanche, il est probable que l’édit ait marqué le déclin de la harpe « celtique ».
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1580 1588 : Première traduction complète de la Bible en gallois par William Morgan. Certaines parties auraient été traduites à partir de la Vulgate dès 1470.
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1520 1520: naissance du violon “classique”, près de Milan, qui s’inspire de trois instruments : le rebec, en usage depuis le XVIe siècle (lui-même dérivé du rebab de la musique arabe), la vièle et la lira da braccio. Ce nouveau violon s’imposera à la place des anciens fiddles de la musique celtique traditionnelle.
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1300 Fin XIIIe-début XIVe siècle: Llyfr Taliesin (Livre de Taliesin), manuscrit contenant d’anciens poèmes en gallois, dont une douzaine sont attribués au poète Taliesin, barde mythique de la littérature galloise du VIe siècle.
1290
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1260 1265: Llyfr Aneirin (Livre d’Aneurin), manuscrit contenant des poèmes en vieux gallois et en moyen gallois, attribués à Aneurin, un poète brittonique du VIe siècle.
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810 Fin VIIIe-début IXe siècle: première transcription en gaélique (langue « celtique ») du Lebor Gabála Érenn, l’un des récits oraux majeurs de la mythologie des Gaels, qui décrit l’invasion de l’île par six peuples mythiques pré-humains, avant l’arrivée des Gaels.
800 Confection du Leabhar Cheanannais (connu aussi sous les noms de Livre de Kells ou Grand Évangéliaire de saint Colomba), chef-d’oeuvre manuscrit du christianisme irlandais: il contient les quatre évangiles, rédigés en langue latine mais enluminés de motifs « celtiques ».
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780 Des sculptures pictes, datées du VIIIe siècle, nous présentent des harpistes en train de jouer (croix de Dupplin et pierres de Monifieth, en Écosse). Les Gaels et les Britons auraient été influencés par les Pictes, et dès le Xe, ce type de harpe (clàrsach ou cruit en gâlic) serait devenu un instrument majeur de la musique « celtique ». La harpe est l’emblème du seul État souverain « celtique » actuel, l’Irlande.
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610 Début du VIIe siècle : composition en vieux gaélique de l’Amra Choluim Chille, un poème attribué au poète chrétien Eochaid Mac Colla (530 – 598 approx., plus connu sous les noms de Dallán Forgaill ou de Saint Dallan)
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560 Des “Gallois” de l’ancienne Bretagne émigrent sur la côte nord d’un royaume suève, au nord ouest de la péninsule ibérique. Ils y fondent l’évêché de Britonia, dans l’ancienne province romaine de Gallaecia (du grec καλλαικοι). Ils y apportent les valeurs du christianisme “celtique”, différent du christianisme romain, notamment par son organisation et ses influences païennes.
550 Certaines tribus “Galloises” de l’ancienne Bretagne viennent s’installer en Gaule armorique, qui fait maintenant partie du Royaume des Francs. Inférieurs aux Francs militairement, ils leurs sont supérieurs culturellement. Leur langue celtique, le “breton”, va se différencier peu à peu des autres langues celtiques insulaires.
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520 524: première trace écrite du cornique, langue « celtique » des Bretons de Cornouailles, dans le dialogue philosophique De Consolatione Philosophiae de Boèce. Au début du Livre IV, l’expression latine « terras perosa despicit » (littéralement “méprise le pays ci-dessous”) est annotée de l’inscription « ud rocashaas », ce qui en vieux cornique, signifierait “déteste les lieux obscurs”.
510
500 La Britannia devient la “terre de Angles”, du vieil anglais Engla land, sauf sa partie ouest, qui devient le pays des “Gallois”, du germanique Wealh, Walh qui désigne aussi bien “Celtes” britanniques que les “Celtes” de Gaule, et plus généralement les étrangers non-germaniques.
490
480 À partir de 480, les Francs qui s’étaient installés en Gaule belgique se lancent à la conquête du Domaine gallo-romain, partie nord de l’ancienne Gaule “celtique”. Les Francs admirent l’art et les valeurs de ce territoire qu’ils croient être “romain” et se convertissent à la religion des Gallo-Romains, le christianisme romain.
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450 Vers 450, les Brito-Romains font appel à un contingent d’Angles, de Jutes, de Frisons et de Saxons pour combattre les Pictes et les Gaels. Ces tribus germaniques s’installent et conquièrent peu à peu l’est de l’ancienne Britannia romaine.
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410 Vers 410, Rome abandonne la Britannia. L’usurpateur Constantin III se rebelle contre l’empereur Honorius et emmène les garnisons de Bretagne en Gaule. Les Brito-Romains reçoivent l’ordre d’Honorius de se défendre par leurs propres moyens.
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360 Dans le courant du VIe siècle, ou peut-être même avant: premières inscriptions gaéliques en alphabet oghamique sur des pierres.
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140 140-160: Construction du mur d’Antonin,  qui correspond à peu près au “central belt” écossais, la ligne qui relie le Clyde et Glasgow à l’Ouest au Forth et à Édimbourg à l’est. Il “double” le mur d’Hadrien et permet à Rome d’isoler et d’exploiter le sud de la Calédonie (Caledonia) pendant une dizaine d’années.
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120 122-127 : construction du mur d’Hadrien, qui correspond à peu près à la frontière actuelle entre l’Angleterre et l’Écosse, pour protéger la Bretagne (Britannia), province de l’Empire romain, des attaques des Pictes. Cette limite a sans doute retardé les échanges culturels entre Pictes et Brito-Romains.
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-60 52 av. J.-C.: le siège d’Alésia met fin à la guerre des Gaules et se termine par la défaite de la coalition des peuples gaulois. La Gaule “celtique” devient gallo-romaine.

55 av. J.-C.: Première invasion romaine de la Bretagne (Britannia), qui sera suivie de plusieurs vagues colonisatrices. La Bretagne “celtique” devient brito-romaine.

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-110 Confection d’un carnyx en bronze, instrument de musique de guerre celte, qui sera retrouvé sur le site archéologique d’Epomanduodurum, un oppidum gaulois, se trouvant dans le département du Doubs.
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-130 121 av. J.-C. Bataille dite du “confluent” : victoire de la République romaine sur les Allobroges et les Arvernes. Rome annexe le sud de la Gaule “celtique“.
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-150 100 à 200 av. J.-C.: “Barde à la lyre”, sculpture identifiée comme appartenant à la civilisation celte de La Tène (mise au jour à Paule, Côtes-d’Armor, en 1988).
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-310 Entre -330 et -300 environ: voyage de Pytheas, explorateur grec originaire de Marseille, considéré comme l’un des plus anciens explorateurs scientifiques ayant laissé une trace dans l’Histoire. Il aurait effectué un voyage dans les mers du nord de l’Europe qu’il aurait rapporté dans un ouvrage “traitant de l’Océan” (Περί του Ωκεανού). Plusieurs auteurs antiques nous ont transmis des bribes de cet ouvrage aujourd’hui disparu, notamment sur le mode de vie des “Κελτοί” (Celtes) qui habitaient les “νῆσος Πρεττανική” (îles Britanniques), en particulier l’Ἀλϐίων (Albion) et l’Ιερνη (Érin).
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-440 445: Première mention certaine, dans le Ἱστορίαι (Les Histoires) d’Hérodote, des “Κελτοί” (Celtes) en tant que communauté établie .
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-500 Les « Celtes » de La Tène traversent la manche et s’installent dans les “îles prétaniques”, qui faisaient partie de ce que le voyageur grec Pytheas appelara les “νῆσος Πρεττανική” et qui deviendront la “Britannia” romaine. Il est possible que ces « Celtes » soient les ancêtres des Bretons. 
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-530 Les Grecs appelaient “Celtes” les βάρϐαρος qui peuplaient une région s’étendant de la Garonne au Rhin : selon Étienne de Byzance, le Grec Hécatée de Milet aurait dit, vers -530, que la colonie grecque de Marseille était une ville de Ligurie située “à proximité de la Κελτικά” (Gaule celtique). Cette citation incertaine serait la première apparition de la racine celt-.

Remarque importante: aucune explication étymologique de ce mot d’origine indo-européenne ne fait l’unanimité parmi  les spécialistes.

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-1000 Début de l’âge du fer: expansion de la civilisation proto-celte des “champs d’urnes”, notamment le long du Rhin, des Alpes à la Flandre.
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-1300 Fin de l’âge du bronze: la civilisation des “champs d’urnes”, originaire des territoires couverts par la Hongrie moderne, produit des nécropoles d’urnes « à cannelures légères ». Elle est considérée par certains comme “proto-celte“.
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-2100 À partir de -2100 (âge de Bronze): arrivée de la culture « campaniforme » en Grande-Bretagne, et en Irlande (vers -2000). Elle doit son nom aux gobelets céramiques en forme typique de cloche retrouvés dans les sépultures. Les études d’ADN ont trouvé un lien entre les restes de la culture campaniforme et les habitants actuels de l’Irlande et de l’Écosse : il est possible que ces populations soient les ancêtres des Gaels.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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-2500 Entre -3000 et -2000 : construction de Stonehenge, monument mégalithique composé d’un ensemble de structures circulaires concentriques, érigé près de Salisbury, en Angleterre.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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-3200 Vers -3200 environ, construction du grand tumulus de Sí an Bhrú (Newgrange) en Irlande.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
-3300
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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-3500 Entre -4000 et -3000 (environ) : alignement mégalithique de plus de 4000 « menhirs » (pierres longues en Breton) à Carnac, en France.

Dernière remarque: on qualifie souvent de “celtique” les monuments et artefacts préhistoriques, tels que le grand tumulus de Sí an Bhrú à Newgrange, les dolmens ou les pétroglyphes de triskèles et de spirales, mais dans le cas de vestiges trouvés en Irlande ou au Royaume-Uni, ce qualificatif est anachronique car ces vestiges remontent au moins à la période néolithique, soit plus de 3000 avant J.-C. Or les “Celtes” ne sont arrivés dans les îles “Πρεττανική” qu’en 500 avant J.-C.

Et si finalement, “Celte” n’était qu’un synonyme grec de “Européen”?