La règle du double article défini en gaélique

Le frère de l’un de mes parents est mon oncle, ou uncail en gâlic ().

Quand il s’agit du frère de mon père, c’est mon oncle “paternel” tandis que lorsqu’il s’agit de celui de ma mère, c’est mon oncle “maternel”.

En gâlic, cette nuance s’exprime avec le génitif : mon oncle paternel est mon bràthair-athar (, “frère de père”) tandis que mon oncle maternel est mon bràthair-màthar  (, “frère de mère”).

En effet, athar sans “i” est le génitif de athair () et màthar sans “i” est le génitif de màthair (). Il s’agit donc de compléments du nom.

Jusque là pas de problème. Mais attention, les choses se compliquent.

En effet, en français, il n’y a pas de différence entre “le frère de père” et “le frère de mon père”, pour la simple raison qu’on ne dit pas “le frère de père” parce que c’est un complément du nom indéfini (sauf, évidemment, si l’on met une majuscule à “père”, ce qui en fait un nom propre, comme c’est paraît-il le cas chez les aristocrates).

En gâlic, comme dans beaucoup de langues qui utilisent le génitif, il existe une nuance entre une “bouteille de champagne” et “bouteille à champagne”: la première contient du champagne, la deuxième sert à contenir du champagne, même si elle est peut-être déjà vide 😦

C’est pareil pour le “frère de père”: bràthair-athar ne nous renseigne pas sur le lien de parenté avec la personne qui prononce le mot.

Le bràthair-athar est un oncle parternel, mais on ne sait pas de qui. Pour le savoir il faut ajouter le possessif.

Comme en français, me direz-vous?  Pas tout à fait.

En français, nous disons “mon oncle paternel”. En gâlic, on dit “frère de mon père”. Littéralement.

Cette construction idiomatique s’explique par la Règle du double article défini:


Si le génitif est un nom défini, le nom principal ne prend pas d’article, même s’il est défini.


 

Du coup…

Chunnaic mi bràthair m’athar a-raoir (J’ai vu frère de mon père hier soir)

…peut vouloir dire:

“J’ai vu un oncle paternel hier soir” ou “j’ai vu mon oncle paternel hier soir”.

Mais là où ça devient franchement foireux pour nous autres francophones, c’est qu’à l’oral la différence pourtant fondamentale entre:

bràthair m’athar (“mon oncle paternel”)

…et:

bràthair màthair (“oncle maternel”) 

…est difficilement audible. Surtout qu’ils parlent vite ces bâtards-là!

(Je dis “bâtards”, c’est pour rester dans le champ sémantique, mais j’aurais tout aussi bien pu dire “ces andouilles-là” ou “ces oiseaux-là” 🙂 )

Bien sûr, ce n’est pas souvent qu’on évoque “un oncle maternel de mon oncle paternel” (bràthair màthair bràthar m’athar ?) et c’est vrai qu’on peut déduire le sens du contexte, mais je vous jure que je connais certaines familles où ça peut devenir franchement compliqué.

Tiens d’ailleurs, exercice pour la prochaine fois, traduisez la phrase suivante:

“Les deux oncles paternels de ma femme se sont mariés avec deux soeurs. Les oncles paternels de leur enfants sont donc aussi les maris de leurs tantes maternelles”.

(Cherchez pas, il n’y a pas de lien de consanguinité).

complique

 

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