Celtitude (2): les langues britanniques

Les Bretons aiment bien nous rappeler qu’ils sont des Celtes et qu’ils partagent cette celtitude avec d’autres « nations » celtes, en particulier avec les Gallois. Toutefois, si les Bretons et les Gallois se décrivent comme des Brittoniques, il semble que pour les Gaels, ils restent des Britanniques.

Les Brittoniques

Pour les Bretons, Gallois et Bretons ont des racines communes. Pour le journaliste Christian Gouerou par exemple, les langues bretonne et galloise “sont sœurs. Avec le cornique de Cornouailles, on les appelle langues brittoniques et cousines des langues gaéliques (l’irlandais, l’écossais et le mannois) » (Ouest France, 06 juillet 2016).

Euro 2016. Ces dragons Gallois, nos cousins germains » dans Ouest France, Quimper, 06 juillet 2016

Ouest France (Quimper), 06 juillet 2016

 

Ce qualificatif est préféré par les locuteurs anglophones et francophones, afin de ne pas confondre les Britons celtiques et les Britanniques anglo-saxons.

Le professeur Maryon MacDonald, de l’université de Cambridge, notait par exemple que le qualificatif “celtique” que l’on applique à certaines langues, implique souvent l’idée d’une histoire commune, fondée sur des hypothèses historicistes qui sont souvent à l’origine de la croyance, pour beaucoup, que la celtitude implique une identité ethnique (“We are not French”, Routledge, 1989, page 97).

Les wikipédiens anglophones soulignent pour leur part que le qualificatif “brittonique” (“Brittonic” ou “Brythonic” en anglais) se rapporte « aux langues celtiques de la Grande-Bretagne et à leur ancêtre commun, le « common brittonic », par opposition aux langues gaéliques, originaires d’Irlande.

Toujours d’après eux, ce néologisme daterait du XIXe siècle et aurait été utilisé au départ « pour différencier les qualificatifs britannique et cymric ». Ainsi, « Brythonic » aurait été inventé en 1879, par un professeur de l’université d’Oxford, à partir du mot Welsh « Brython ».

Les Britanniques

Si “brittonique” est le qualificatif de choix pour les locuteurs de ces langues, le qualificatif « britannique » reste en revanche utilisé par les locuteurs des langues gaéliques.

Pour les auteurs de la méthode Teach Yourself Complete Gaelic, « les langues celtiques se partagent en deux groupes : gaéliques et britanniques. Le gaélique écossais, l’irlandais et le mannois appartiennent au groupe gaélique, et le gallois, le breton et le cornique au groupe britannique » :

Complete Gaelic, Introduction, page XI, Teach Yourself, 1993/2010.

Complete Gaelic, Introduction, page XI, Teach Yourself, 1993/2010.

Manque de connaissance ? C’est peu probable.

Les auteurs sont tous deux enseignants à Sabhal Mòr Ostaig, l’université gaélique des Highlands et des Hébrides. L’un d’eux, le professeur Boyd Robertson (qui est aussi le directeur de Sabhal Mòr Ostaig) est né dans les Hébrides et parle le gaélique depuis l’enfance.

Or leur méthode a été publiée en 1993 et a été rééditée deux fois depuis, en 2003 et en 2010. Il est donc peu probable que le choix de ce terme (Introduction, page XI) soit une faute d’inattention.

Je me risquerais bien à une hypothèse : pour les Gaels, les Gallois sont des cousins lointains, et les Bretons des lointains cousins de cousins lointains.

En effet, pour les Gaels d’Irlande, d’Irlande du Nord, d’Écosse ou de l’Île de Man, l’histoire qu’ils partagent avec la couronne d’Angleterre est plus courte, et donc moindre que celle des nations celtes “britonniques” du Pays de Galles et de Cornouaille, dont ils souhaitent se dissocier.

Rappelons que le pays de Galles a été rattaché à l’Angleterre dès 1282, soit plusieurs siècles avant les terres gaéliques. Son système légal est le même que celui de l’Angleterre. Ce n’est pas le cas des nations gaéliques : même l’Écosse, pourtant rattachée à l’Angleterre par l’union des couronnes de 1707, a conservé un Droit indépendant.

Cette dissociation historique entre Gaels et Britons est importante pour la construction d’une identité ethnique gaélique. Mais en renforçant l’identité historique britannique, elle tend à effacer la Bretagne de l’histoire brittonique.

D’ailleurs, lors du référendum du Brexit, tous les résidents celtes ont été consultés, qu’ils soient originaires du Royaume-Uni ou de la république d’Irlande.

Tous sauf les Bretons, qui sont avant tout considérés comme des EU residents.

À chacun sa celtitude?

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